Un colloque sur l’Islam

Mercredi dernier, je me suis rendu à Rome pour y suivre un colloque où mes collègues et moi avons évoqué la question de l’Etat Islamique, et en particulier des dernières tentatives d’attaques qui se sont déroulées à travers toute la planète. Bizarrement, au fil de la discussion, j’ai réalisé que la plupart de mes collègues étaient défaitistes pour les années à venir : ils pensaient que cela ne pouvait aller que de mal en pis. Alors qu’à mes yeux, le terrorisme est justement en perte de vitesse et nous sortons progressivement du maelstrom. Parce qu’à l’évidence, les dernières attaques en date brillent davantage par leur amateurisme que par le nombre de victimes. Et cela est en soi significatif. La menace ne découle désormais plus de soldats bien entraînés, capables de diriger des attentats comme ceux de Paris. Non, maintenant, ce sont des personnes le plus souvent incompétentes qui s’emploient à commettre ces attaques. Il s’agit le plus souvent d’adolescents à la ramasse qui veulent résoudre leurs petits problèmes par la violence. Bien entendu, cela reste un sérieux problème. J’ai bien conscience qu’avec l’arrivée de ces imbéciles dans la sphère terroriste, le nombre de terroristes pouvant passer à l’acte est bien plus grand qu’avant. Il n’est plus indispensable de partir à l’étranger et de s’y entraîner pour commettre un carnage. N’importe quel crétin peut se porter candidat. L’avantage, c’est que le manque d’expérience de ces terroristes-là fait qu’ils feront vraisemblablement moins de victimes s’ils réussissent à passer à l’acte. Mais cela montre par dessus tout que le calife autoproclamé peine vraiment : il est contraint désormais d’être secondé par des bleus pour pouvoir maintenir la terreur. La multiplication des attaques laisse surtout apparaître qu’il n’a plus de ressources derrière. Daesh va donc continuer à sévir, mais je pense que ses années dorées sont déjà derrière.
En tout cas, j’ai beaucoup apprécié ce colloque à Rome. J’en profite pour vous mettre en lien l’agence qui s’en est chargée. J’ai été impressionné par sa réactivité tout du long. Pour plus d’informations, allez sur le site de l’organisation du séminaire à Rome et retrouvez toutes les informations.

L’autonomie de la personne âgée

Le risque est grand – comme nous y incite la loi – de concevoir ce « principe » de l’autonomie de la personne comme simple et réduit à une forme de dualité : la personne serait / ne serait pas autonome. De fait, il est bien difficile d’être complètement autonome lorsque l’on est atteint d’une maladie grave ou que l’on souffre de troubles cognitifs parce que l’on est âgé. Il est souvent difficile de se concevoir comme une personne malade, d’être en même temps en capacité d’analyser sa propre maladie et de décider sans aide de ce qui est bon pour soi. En ce sens l’autonomie est consubstantiellement relative parce qu’elle dépend de tiers – par exemple les soignants et les proches avec lesquels est tissée une relation de confiance – qui peuvent exercer une influence affective, voire de compétence sur la décision. Or, celle-ci devrait revenir, in fine, à la personne malade ou âgée, la principale intéressée. Dans les faits, les décisions médicales prises avec autrui (au mieux), ou pour autrui (ce qui n’est pas rare) sont en partie conditionnées par la responsabilité du « codécideur » (par exemple les proches ou les soignants) et en particulier lorsque la décision relève d’une bonne évaluation du rapport du bénéfice escompté au risque probable. Il est ainsi facile de comprendre que la peur du risque (selon que la personne présente un risque pour elle-même ou pour autrui) va avoir tendance à se traduire par des choix sécuritaires et limitant plus encore l’autonomie. C’est ainsi que pour assurer « le bien de la personne âgée » et au nom de principes éthiques de non nuisance, de pertinence, de bienfaisance, on peut faire fi de l’autonomie et violer le désir de la personne. La dépendance s’oppose alors de façon non éthique à l’exercice de l’autonomie. Le respect de la personne et de ses désirs voire peut être de ses choix devraient pouvoir conduire à respecter le droit au risque, comme facilitateur de l’autonomie, se rapprochant des dynamiques d’empowerment, mais aussi de solidarité (au sens littéral d’interdépendance entre les hommes) intergénérationnelle. Si l’on raisonne en termes de respect de la personne âgée vulnérable, avec encore une autonomie intellectuelle, certes relative, mais réelle, on devrait faire en sorte qu’elle puisse avoir une voix prédominante dans les choix qui la concernent directement. Il est impératif qu’elle puisse compter sur le soutien des autres, le prendre soin des proches familiaux ou soignants, de tiers, pour l’accompagner, plus que de la convaincre, dans cette démarche ou ce cheminement souvent douloureux. À considérer l’exercice de son autonomie par une personne âgée devenue dépendante comme un absolu, il peut être convenu, inversement, au motif qu’une personne est dépendante, qu’elle est institutionnalisée et qu’elle souffre de troubles cognitifs envahissants, elle peut être devenu tellement dysautonome qu’il faille choisir pour elle tout en respectant ce que l’on peut penser qu’aurait été sa décision. Ce qui est alors posé relève plus de l’impossibilité pour la personne de pouvoir exercer son autonomie relative. Pour se convaincre de l’autonomie très relative mais pas absente qui persiste chez les personnes âgées atteintes de maladie d’Alzheimer évoluée, il suffit d’analyser leurs réactions lorsqu’on leur explicite leurs problèmes médicaux : ces personnes réagissent souvent sur un mode émotionnel ; nous ne pouvons comprendre et donner un sens précis à leur réaction certes ; mais cela ne signifie pas, contrairement à ce que l’on a tendance à dire ou penser, qu’elles ne comprennent absolument rien. Cela signifie plutôt que nous ne comprenons pas leurs réactions et que celles-ci ont probablement un sens qui nous échappe : il devrait s’imposer qu’une personne ayant une altération profonde de ses capacités cognitives peut avoir gardé une part d’autonomie. Ainsi, il est difficile d’être malade et d’avoir une autonomie absolue. Mais il est rare de n’avoir plus aucune autonomie lorsqu’on est malade. De même il est difficile d’être dépendant et totalement autonome : la dépendance, la souffrance, l’angoisse de l’inconnu et de la mort, l’atteinte à l’image de son corps altèrent pour une personne sa capacité à exercer sa pleine autonomie. Il peut être ajouté que le regard porté par l’environnement social et familial sur la personne concernée altère nécessairement l’exercice de son autonomie, la conditionne, la contraint. L’autonomie n’est pas abstraite et absolue, mais existentielle ; elle s’inscrit dans une histoire de vie et dans un environnement. Elle doit impérativement faire l’objet d’un soin attentif.